Matthieu Séguéla, auteur de “Soulages. D’une rive à l’autre”

Quel est votre parcours ?
Mes attaches sont occitanes, liées au Gard et à l’Hérault. J’ai débuté ma formation d’historien comme archéologue à l’École antique de Nîmes puis j‘ai été chargé de cours à l’université Paul Valéry à Montpellier avant de soutenir un doctorat d’histoire à l’Institut d’études politiques de Paris (2001). Aujourd’hui, je suis fonctionnaire détaché au lycée français international de Tokyo et chercheur associé à l’institut français de recherches sur la Japon (MEAE-CNRS).

Matthieu Séguéla, historien et admirateur de l'oeuvre de Pierre Soulages
Matthieu Séguéla devant un polyptyque de Soulages de 1987, Lausanne © Mayu

Comment est né votre intérêt pour Pierre Soulages ?
C’est logiquement sous l’angle historique que je me suis d’abord intéressé au parcours de Pierre Soulages, lui qui a vécu les années 1939-1945. Notamment en tant que témoin extérieur de la rencontre entre Pétain et Franco à Montpellier en 1941. Un sujet que j’avais traité dans mon livre Pétain-Franco paru chez Albin Michel. Il l’avait lu et apprécié. Aussi, lors de notre première rencontre à Sète, avons-nous beaucoup parlé d’histoire puis nous en sommes venus à l’art. Et à l’histoire de l’art !

Quel est le point de vue de votre livre Soulages. D’une rive à l’autre ?
Dans le livre, que je co-signe avec Michaël de Saint-Chéron, je traite de la relation de Pierre Soulages au Japon et de la façon dont ce pays a accueilli son œuvre. Une relation qui s’étale sur soixante-dix ans et qui se poursuit toujours puisque qu’une nouvelle exposition Soulages va avoir lieu à Kobe fin 2020 ! Mener dans l’archipel et en France des recherches sur un artiste et pouvoir échanger avec lui au fur et à mesure de ses découvertes, a été une expérience extraordinaire qui se poursuit.

Quels sont les liens entre le peintre et le Japon ?
Ils sont multiples. Une œuvre de Soulages est exposée pour la première fois à Tokyo en 1951 et toutes celles qui suivront retiendront l’attention du public nippon. Des liens amicaux avec des artistes tels Imaï ou Domoto, une grande exposition rétrospective à Tokyo en 1984, des prix prestigieux, la création d’un vase pour le trophée de sumo… ponctuent la relation de Soulages au Japon. Surtout, les similitudes fortuites entre l’esthétique japonaise et son œuvre interpellent et ouvrent la voie à toutes les interprétations et à toutes les émotions.

En quoi consistent vos Cliographies ?
Depuis 2018, j’ai développé avec la calligraphe Yukako Matsui une collaboration artistique et intellectuelle mêlant l’esthétique de la calligraphie – shodô – à l’histoire – Clio – des relations entre l’Occident et l’Orient. A l’occasion d’événements culturels au Japon ou en Europe, nous présentons au public une manifestation d’un type dual et original, une Cliographie. J’évoque une personnalité en lien avec le Japon ou la France : Kikou Yamata, Alechinsky, le prince Naruhito, Klein ou Soulages. J’appuie mon propos sur une projection de nombreux documents, souvent inédits, à la façon d’une conférence. Là où l’originalité intervient, c’est que des performances calligraphiques s’intercalent entre ces séquences accompagnées en musique. A l’issue de la manifestation, un dialogue direct s’instaure avec le public qui peut venir admirer les œuvres qui viennent d’être crées sous ses yeux.
Nous avons déjà présenté une dizaine de Cliographies au Japon, en France et en Suisse. Notamment à Tokyo et à Yokohama ou dans de nombreuses institutions tels le musée Soulages à Rodez, le musée Toulouse-Lautrec à Albi, la maison-atelier Foujita à Villiers, le musée Guimet à Paris, le musée des Arts d’Extrême-Orient à Genève ou encore le château de Versailles.

Yukako Matsui, Tokyo 2020  © Mayu
Yukako Matsui, Tokyo 2020 © Mayu

Yukako Matsui est une calligraphe de grand talent qui développe une œuvre inspirée par la nature, l’art et la littérature. Novatrice dans les techniques et les supports, elle réalise des performances pour mieux faire connaître la calligraphie traditionnelle ou abstraite. Elle revient se produire en Occitanie pour la cinquième fois et ce sera dans le beau théâtre de Pézenas, ville d’art par excellence.

Propos recueillis par Françoise Bougenot
Février 2020

“Soulages au miroir du Japon” à Pézenas le 29 février

Théâtre de Pézenas
https://www.ville-pezenas.fr/theatre/lectures-285/