Portrait : Laurence Dupont, PES 1974

Laurence Dupont, diplômée Sciences Po Paris, section Languedoc Montpellier
Laurence, jamais très loin de la mer.

Carte de visite : 06 82 66 11 14 / laurencedupont55@orange.fr
Cimade Montpellier : Intervenante auprès des migrants pour l’apprentissage du français (depuis 2012).
– Assesseur au tribunal pour enfants de Montpellier (depuis 2012).
– France Telecom (Paris, Montpellier) : formation professionnelle, enseignement supérieur des Télécoms, politique de communication. Élue au comité central d’entreprise. (Jusqu’en 2010).
– Licence de droit et d’histoire Paris I Sorbonne. D.E.S. de sciences-politiques.
– Mariée à Serge Guidez, membre du comité directeur de l’association rugby MHR, «commissionner» pour Rugby Europe (ex FIRA-AER).
Centres d’intérêt : Voyage, littérature, cinéma, associations citoyennes qui facilitent la cohésion sociale, écologie.
Livre de chevet : L’usage du monde, de Nicolas Bouvier (1963, Librairie Droz) car il associe le sens du voyage à la musique, la poésie, le goût des autres mondes et leur respect.
Citation fétiche : «Le temps passe en thés brûlants, en propos rares, en cigarettes, puis l’aube se lève, s’étend, les cailles et les perdrix s’en mêlent… et on s’empresse de couler cet instant souverain comme un corps mort au fond de sa mémoire, où on ira le rechercher un jour. On s’étire, on fait quelques pas, pesant moins d’un kilo, et le mot bonheur paraît bien maigre et particulier pour décrire ce qui vous arrive. Finalement ce qui constitue l’ossature de l’existence, ce n’est ni la famille, ni la carrière, ni ce que d’autres diront ou penseront de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l’amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à la mesure de notre faible cœur.» Nicolas Bouvier.

Le goût de l’ailleurs

«La situation des étrangers et des migrants me concerne. Ils appartiennent à un univers humain dont je me sens proche» déclare posément Laurence. Elle défend les migrants et déplore que nos sociétés européennes ne soient pas plus généreuses, tolérantes, humanistes. Depuis sa retraite professionnelle, malgré des «velléités de cultiver (s)on jardin», en se consacrant au voyage, à la photo et à la littérature, elle donne de son temps comme enseignante de français au sein de la Cimade. Manière aussi pour elle d’être utile, de donner du sens à sa vie et de partager avec des personnes défavorisées quelques-uns de ses avantages. «À qui on aura beaucoup donné, il sera beaucoup demandé» : ces mots de saint Luc font sens pour Laurence, sensible à l’injustice sociale. Elle s’est toujours sentie en marge, «fille de banlieue», «le doute collé à la peau». Bourgeoise normande par son père, haut fonctionnaire du FMI. Bohème par sa mère parisienne et dont la propre mère, d’origine polonaise et «fauchée comme les blés», attachait de l’importance à vivre dans le 16e arrondissement. Ses parents lui donnent le goût de l’ailleurs. La famille vit au Liban de 1957 à 1959. Au Burundi de 1962 à 1965. Laurence y côtoie la population, découvre des paysages et des cultures différentes. Elle affûte son regard sur le monde. Plus tard, elle ira au Laos chez son père et avec sa mère découvrira le voyage façon routard. Sa jeunesse, elle la passe à Versailles, tolérée dans le cercle fermé que fréquentent ses amies de collège et de lycée privés. «Pour ce monde de la vieille aristocratie, j’étais un zombie car je n’étais pas «fille de»; mon appartenance sociale n’était pas très définie; mes parents étaient séparés; ma mère n’avait pas trop de sous. J’aurais aimé être de ce monde, mais je n’en étais pas.»

Les années Sciences po

Changement de milieu lors de ses années d’études à Paris. Laurence découvre la politique à travers son amoureux, trotskiste membre de la Ligue Communiste. L’étudiant, qui dit venir de banlieue, porte des bottes de cuir et un ceinturon à grosse boucle. «Prêt à la baston», il défie dans la fac d’Assas le GUD et l’Ordre Nouveau. «Cette force virile me plaisait beaucoup mais j’ai fini par découvrir que son père possédait un hôtel particulier dans le 7e arrondissement!» Quand éducation sentimentale et apprentissage de la vie s’emmêlent. Laurence participe au bouillonnement intellectuel des années post 68. «J’étais séduite par le côté humain de l’extrême gauche, les belles idées révolutionnaires, le combat contre l’injustice et l’inégalité. J’étais sensible aux idées situationnistes. J’étais passionnée par la sociologie, intéressée par la psychologie. Par le biais de la famille de mon amoureux, j’ai aussi approché le milieu des « jeunes patrons» de gauche sensibles aux idées du club de Rome où évoluaient Antoine Riboud, François Bloch-Lainé, Michel Rocard…»

À Sciences-Po, où elle étudie tout en lorgnant du côté de l’école du Louvre (elle y suit des cours d’épigraphie sumérienne), elle se passionne pour la conférence de Gaston Rimareix, en 2e année, sur l’aménagement du territoire, au point d’envisager d’y tracer sa voie. Mais l’école est avant tout le lieu où elle rencontre ses meilleurs amis pour la vie et ce groupe a un seul rêve: ne pas être assujetti au salariat et voyager! C’est la «génération Reiser» convaincue de l’absurdité d’une vie rythmée par le nécessaire «métro, boulot, dodo» et dictée par la société de consommation. En conf d’anglais, une amie lui relate les aventures de sa cousine dans une communauté de Prades-le-Lez , dans l’Hérault, «le paradis sur terre». Les deux bavardes se font exclure du cours. Avec son mari non conformiste issu du milieu versaillais, Laurence découvre lors d’un week-end à la fois le Midi, dont elle gardera une empreinte positive, et ce lieu mythique animé par la «Fanfare bolchevique» adepte du free jazz, y compris pour jouer «L’Internationale». Jeune diplômée et mariée, la seule ambition de Laurence est alors de barouder sans entrave de par le monde et d’en savourer la beauté.

« Tracer les routes où s’en aillent les gens de toute race, montrant cette couleur jaune du talon » ( Saint-John Perse)

Le vrai CV de Laurence est celui de ses voyages. Le reste lui a servi à les financer. Car elle a travaillé dès ses années d’étudiante. Elle a été vendeuse au Prisunic et au drugstore du centre commercial Parly II au Chesnay… et même hôtesse de l’air sur longs courriers à Air France. Pendant trois ans, jusqu’en 1977, elle vit et travaille au Cameroun. Elle est professeure de sciences-éco au lycée de Yaoundé au Cameroun et chargée de diffusion de la littérature française au service culturel de l’ambassade. Pendant un an elle parcourt l’Afrique de l’Ouest, le Sahel et le Sahara. La rentrée en France via l’Algérie est portée par un projet de «retour à la terre» qui tourne court. Laurence décroche un poste de contractuelle à la direction générale des télécoms à Montpellier. Cette incursion bien française dans le monde des fonctionnaires et des PTT se double d’un choc culturel. «Je suis tombée de haut» en rit-elle encore, «quel choc après un an en Land Rover et le milieu d’intellectuels de gauche auquel j’étais habituée ! Le soir, je rentrais chez moi effondrée.» Mais Laurence s’adapte et se fait de nouveaux amis.

En 1983, l’appel du large reprend le dessus. Elle rencontre celui qui sera le père de son fils. Ils achètent un voilier de 31 pieds et voguent jusqu’au Sénégal où ils restent trois ans. Elle est alors la première femme coopérante pour la direction des Télécoms, chargée de la formation en management des cadres à l’école supérieure multinationale des télécoms. Le voilier – il s’appelle Adagadgar – traverse ensuite l’Atlantique. Laurence, son conjoint et leur petit garçon, Colin, vivent un an au Brésil, avant de reprendre la route (Pérou, Bolivie) et la mer (Guyane, arc antillais, Grenade, Bahamas, Haïti, New York), jusqu’en Martinique. L’île tient une place spéciale dans les récits et l’imaginaire de la famille maternelle de Laurence. «Quand j’étais enfant, on me costumait en Martiniquaise. Un arrière-grand-oncle, Paul Merwart, peintre des colonies, est mort lors de l’éruption de la Montagne Pelée en 1902. Son frère Émile a été gouverneur de la Guyane, de l’Oubangui-Chari Tchad (Afrique-Equatoriale française en 1910) et de la Guadeloupe. Une trace sur les pentes de la Soufrière garde son nom.» Laurence est embauchée comme consultante emploi/formation par un bureau d’études puis par le service de formation continue du CNAM. Mais l’île, par son «racisme ambiant entre un peu tout le monde» déçoit et elle y fréquente surtout les «Métros» du milieu bateau, marginaux dans leur mode de vie et plus ouverts aux rencontres. Et après la vie intense en mer, la routine de la vie salariée use…

En 1992, Laurence met le cap sur Paris et devient chef de cabinet du directeur de l’enseignement supérieur des télécoms (Sup télécom Paris, Télecom Bretagne et l’INT). Direction rattachée à l’État en tant qu’établissement public d’administration au moment de la privatisation de France Telecom en 1996. Laurence, elle, choisit de retrouver France Telecom à Montpellier. Elle y a passé au total vingt-cinq ans tout en regrettant vaguement ne pas avoir persévéré dans la voie de l’école du Louvre pour «être dans les lettres, l’art, la photo ou l’archéologie», qui sont, avec le goût de la liberté, ses vraies passions. Son engagement social et donc politique auprès des migrants est l’autre face de son personnage. Il n’a jamais été d’autant d’actualité. Et, Laurence, qui ne cesse de douter du sens de ses choix, aime citer René Char : «Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience».

Pour s’informer ou s’engager auprès de la Cimade, contacter Françoise Dubourg au 04 67 06 90 36

Par Françoise Bougenot, mai 2016
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