Cécile Jodlowski-Perra, PES 1990

Cécile Jodlowski-Perra
Cécile, directrice de Languedoc-Roussillon livre et lecture, dans son village magique des Hautes-Pyrénées, été 2014.

Carte de visite : 06 81 36 70 19 / cecile.jodlowski@numericable.fr
Directrice de Languedoc-Roussillon livre et lecture depuis 2010 : www.lr2l.fr/
Secrétaire du bureau de la Fédération interrégionale du livre et la lecture (Fill) depuis 2014.
Directrice de la communication et des relations extérieures à la Cinémathèque de Toulouse (1996-2010).
Chargée de mission du Fonds d’aide aux coproductions avec les pays d’Europe centrale et orientale (Fonds E.C.O. ) au Centre national de la cinématographie (CNC).
Livre de chevet : “Les vagues de Virginia Woolf a beaucoup compté pour moi. Les années sauvages du Gardois Jean Carrière, Robert Laffont, 1986 m’a profondément émue. Récemment j’ai beaucoup aimé Réparer les vivants de Maylis de Kerangal, (Verticales), 2013.”
Films préférés : Partition inachevée pour piano mécanique de Nikita Mikhalkov, d’après Tchékhov et Out of Africa de Sydney Pollack, d’après Une ferme africaine de Karen Blixen. “Deux adaptations de grands auteurs : cela colle assez avec mon parcours !” Et aussi Good Morning Babylonia des frères Taviani.
Citation fétiche : “Parce que les gens de spectacle sont pour moi essentiels : sur les franges d’une société d’où ils voient et où on les voit, ils sont les marginaux qui éclairent le monde. Je les aide où ils sont, dans leurs difficiles rapports au système. J’essaie d’être un pont entre le système et eux. ” Daniel Toscan du Plantier dans Les enfants d’Al Capone et de Rossellini, 1981, éditions Mazarine.

En général, les Sciences-Po aiment la lecture et aussi le cinéma. Cécile a ceci de rare qu’elle a construit sa vie professionnelle sur ces deux amours, avec une passion les structurant : le service public de la culture. Voilà qui permet de structurer ce texte en deux parties* :

La fille qui aimait le cinéma…

Cinéphile de longue date, Cécile a fait une rencontre décisive lors d’un stage à Toulouse, sa ville natale, lorsque Guy Perra, cameraman venu couvrir Champs Elysées, une émission de variétés en prime time, tournée chez Airbus cet été-là, lui a ouvert ses bras en même temps que l’accès au monde du cinéma et de l’audiovisuel. Cécile venait de terminer sa première année à Sciences-Po. Les deux années suivantes, elle a souvent accompagné Guy sur les plateaux de tournage. Cette initiation sur le tas fut complétée rue Saint-Guillaume par le cours du critique Michel Estève sur la création cinématographique. Cécile ne renie pas son cursus PES (politique, économique et social) raillé par les aspirants énarques ou futurs banquiers comme la formation “Plage, été, soleil”. Elle se souvient avec plaisir du cercle culturel Pouchkine et de l’ambiance contre-culture à la Péniche où les étudiants rebelles discutaient ferme des réformes nécessaires de l’école! C’est l’année où Richard Descoings, alors conseiller du directeur Alain Lancelot, allait commencer à réformer l’école, justement. Cécile fit ensuite un DEA “Cinéma et Audiovisuel” à Censier et multiplia les stages dans le secteur. C’est là que s’affina son goût pour le contact avec les artistes, l’interface entre les créateurs et le public, le côté désintéressé du service public de la culture.
Elle entra au CNC alors que s’ouvrait le rideau de fer sur les pays de l’Est. Chargée de mission au fonds ECO, mis en place pour aider à coproduire des films de réalisateurs des pays d’Europe centrale et orientale, elle travailla sous la houlette de Christian Bourgois (diplômé de Sciences-Po!). “J’ai eu la chance de côtoyer cette grande figure de l’édition qui était aussi président de la commission du Fonds ECO au CNC. C’était un homme fascinant par son esprit, son humour, le courage de ses convictions ; il a publié “Les Versets Sataniques” de Salman Rushdie malgré les menaces de mort et il portait toujours un gilet pare-balles. On buvait ses paroles!” Pendant quatre ans, Cécile oeuvra à la sélection de projets de films à coproduire avec des entreprises françaises afin de pallier l’effondrement des structures communistes. Elle est fière d’avoir contribué à la naissance de films comme Few of us du Lituanien Sharunas Bartas et d’autres des Russes Pavel Lounguine, Vitali Kaneski, Nikita Mikhalkov ou encore du Roumain Lucian Pintilié. Cette incursion dans le monde des pays de l’Est permit aussi à Cécile de découvrir la Pologne d’où sont originaires ses grands-parents. “Ils sont venus d’un village à côté de Cracovie pour travailler en France dans le secteur minier dans les années 1920 et 1930. Mon nom est la seule chose qui me relie à eux et c’est pourquoi j’ai tenu à le garder. Mon frère, le compositeur Pierre Jodlowski, a lui approfondi ses relations et ses racines avec ce pays”.

C’est aussi à cette période (1994) qu’elle produisit Le Bouquet, de son mari, un moyen-métrage d’époque sur l’amour, l’éternité et l’éphémère, tourné dans les Hautes-Pyrénées.
Le fonds ECO du CNC avait des problèmes de budget en 1996, pour finalement disparaître en 1997. Cécile pensait à ses enfants à naître et les voyait mal grandir à Paris. Toulouse, justement, avait une cinémathèque ! Pendant quatorze ans, Cécile y dirigea le service de la communication et des relations extérieures, se plongeant dans l’histoire du cinéma mondial, côtoyant des créateurs lors de festivals et d’hommages. Une scène toujours renouvelée. Le président de la cinémathèque n’était autre que Daniel Toscan du Plantier, immense personnage du cinéma français (il a été producteur, directeur général de la Gaumont… et diplômé de Sciences-Po !). “C’est la deuxième figure formidable avec qui j’ai eu la chance de travailler » se félicite Cécile. “C’était un homme généreux, auprès duquel on avait le sentiment de vivre des moments rares, vu les innombrables confidences artistiques qu’il faisait, et ce avec un humour irrésistible! ” Toulouse présentait aussi l’avantage de n’être qu’à 115 kilomètres d’un petit village des Hautes-Pyrénées où Cécile se ressource en famille depuis qu’elle est enfant. “ Dans mon métier, que je vis intensément, je suis toujours disponible aux autres. Dans ma maison de village, je fais des choses pour moi. Je ramasse des noix et des pommes, je descends auprès de la rivière avec mes deux filles, je bois mon thé tranquillement sur les marches de ma terrasse, je soigne mes hortensias. Tout cela est essentiel à mon équilibre et me rend à nouveau disponible. D’autant que je change aussi de milieu humain. Aucun des trente-neuf habitants ne travaille dans le milieu du cinéma ou du livre !

La fille qui aimait lire !

Depuis 2010, Cécile est en effet directrice de Languedoc-Roussillon livre et lecture. Cette structure régionale, présidée par Marie-Christine Chaze, a été créée par les professionnels du livre, l’État et la Région. Son but : mettre en oeuvre les politiques publiques du livre. Cela passe par l’accompagnement de la création et la diffusion du livre. “LR livre et lecture joue là un rôle proche d’une CCI pour les entreprises du livre” explique Cécile. “J’ai une équipe extraordinaire avec laquelle nous faisons par exemple du conseil juridique et financier. Nous mettons les professionnels en relation. Nous avons aussi une fonction ressources grâce aux informations sur le secteur du livre que nous diffusons, en réseau avec la Fédération interrégionale du livre et de la lecture (FILL).” L’association participe à la vie littéraire, en organisant notamment des rencontres avec des écrivains. Elle favorise aussi la pratique de la lecture auprès de tous les publics. Un programme parmi d’autres, “Auteurs au lycée”, a permis en 2014/2015 à 250 élèves de dix lycées de la région de bénéficier d’ateliers d’écriture animés par des auteurs. Cécile est épanouie à Montpellier, “ville ouverte et créative” à trois heures de Paris en TGV et trois heures des Hautes-Pyrénées en voiture. Sa reconversion dans le domaine du livre n’en est pas vraiment une pour la grande lectrice, fille de libraire (Fleur d’Encre à Toulouse) qu’elle a toujours été. Elle apprécie d’être en relation avec les acteurs du livre ; d’être une médiatrice entre eux et le public ; d’œuvrer à des objectifs d’intérêt général. Une place idéale pour la diplômée “Plage, été, soleil” de Sciences-Po, qui a bâti son parcours sur l’admiration pour les créateurs et leurs créations et l’envie de les faire découvrir par le plus grand nombre.

* L’art du plan en deux parties nous fut inculqué, à Cécile et moi-même, par Richard Descoings, qui fut notre excellent maître de conf. en droit constitutionnel en AP à Sc-Po.

Par Françoise Bougenot, juillet 2015
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